Si Maya Deren est le titre de notre pièce, il ne s'agit en rien de son portrait même si cette magnifique réalisatrice le mériterait. Son nom traduit plutôt l’opération que nous déployons au plateau : Appliquer ses écrits à nos corps pour qu’ils deviennent des caméras et déployer cette situation étonnante au sein d’une fiction que nous avons imaginée et écrite ensemble.

L’histoire est la suivante. À la suite d’une rupture amoureuse, Véra tombe par hasard sur un livre écrit par Maya Deren, réalisatrice ukrainienne-américaine méconnue, figure de proue de l’avant-garde new-yorkaise des années quarante. Fascinée par cette femme dont elle ne sait rien, elle décide d’appliquer à son corps les idées qu’elle découvre au point de se muer en une véritable caméra. Petit à petit, elle voit le monde différemment, à commencer par le public à qui elle s’adresse et qu’elle est venue observer … Abandonne-t-on ses idées, son identité, et même son corps, lorsqu’on épouse le point de vue des autres ? Est-ce là que se situe la fin du conflit, le début de la liberté ?

Ces questions sont parties d'un constat simple, d'une discussion durant laquelle nous nous disions qu’il nous est aujourd’hui difficile d’avoir une expérience partagée du monde tant ce que chacun.e perçoit est différent, et tant ces différences sont aujourd’hui la source des principaux conflits qui émaillent nos vies intimes, sociales ou politiques. Lors de l’écriture du texte, les premiers mots que nous avons employés sont ces expressions quotidiennes qui aujourd’hui mettent le feu aux poudres : « parler à la place » d’une personne de manière illégitime, « ne pas voir les choses de la même manière » selon un discours situé … La caméra nous est apparue comme une idée réconciliatrice, puisqu’elle est cet œil face auquel nous occupons la même place et depuis lequel nous cherchons à voir ensemble la même chose. Nous avons longtemps joué avec en répétition, avant que la lecture du Manifeste cyborg de la philosophe américaine Donna Haraway nous offre l’audace d’abandonner l’objet technique pour hybrider ses fonctions à nos corps, faire de nos yeux des machines filmantes. De là est né l’horizon performatif de la pièce, le désir de filmer le public, d’interroger son regard en le décrivant comme une image, d’interagir avec humour avec lui.

En écho à la performance qu’elle déploie, la fiction tient donc lieu de réponse et figure un étrange récit initiatique, où nous émettons l’hypothèse de nouveaux rapports entre soi et les autres,

…Où nous faisons de l’œil un organe féminin, labile et sensuel, à travers lequel des sensations et des discours s’échangent,

…Où nous présentons des corps résolument multiples et différents, mais partageant leurs organes en vue de voir le monde ensemble,

 Ces corps se regardent de part et d’autre de la pièce. La figure de Maya Deren les convoque pour faire du théâtre un lieu nouvellement partagé.

Maya Deren a été finaliste du concours Danse élargie 2018 (Théâtre de la Ville) et est lauréate de la SACD-Beaumarchais. La pièce a également été présentée au Festival Presente Futuro 2023 du Teatro Libero (Palerme).

Mise en scène, dramaturgie, texte et costumes Daphné Biiga Nwanak et Baudouin Woehl

Avec Daphné Biiga Nwanak et Anna Chirescu

Assistanat à la mise en scène Wanda Bernasconi

Scénographie Arthur Geslin

Création lumière César Godefroy

Création son et régie générale Foucault de Malet

Régie son Jessica Manneveau

Répétiteur caméra Ferdinand Flame

Répétitrice voix Déborah Bookbinder

Conception costume académique Catherine Garnier

Diffusion Jérôme Pique

Production Daphné Biiga Nwanak et Baudouin Woehl (Palabres Palabres)

Coproduction Le Théâtre de la Cité Internationale à Paris; Le CCN-Ballet national de Marseille dans le cadre de l’accueil studio / Ministère de la Culture ; Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National (Paris) ; Action financée par la Région Île-de-France – Fonds régional pour les talents émergents (FoRTE) ; avec le soutien du mécénat de la Caisse des Dépôts ; ce projet a bénéficié de l’aide à l’écriture de l’association Beaumarchais – SACD ;

Soutiens Le Centre National de la Danse (CND) ; Le Centre Dramatique National d’Orléans/Centre-Val de Loire ; Le T2G-Gennevilliers ; Prémisses Production; Le Centre international de rencontres artistiques (C.I.R.A Strasbourg) ; Le Théâtre National de Strasbourg (TNS) ; FONPEPS ;

Nos remerciements particuliers à Claire Toubin, Clémence Boissé, Mandorle Productions, Jérôme Bel, Rebecca Lee et l'ensemble de la compagnie RB-Jérôme Bel;

Crédits photographiques ©Albane Durand-Viel ©Mathilde Delahaye

Maya Deren